Et donc, on me connaît mieux que moi-même?
L’entrée du jour est, je le crains, une réflexion quelque peu emplie d’amertume, étant donné que je suis de plus en plus fatiguée par ce genre de choses.
Pourquoi, à chaque fois que le sujet est évoqué, me dit-on toujours que je suis trop jeune pour décider de ne pas avoir d’enfants, mais certainement pas trop jeune, au contraire, pour prendre cette responsibilité d’en élever pendant dix-huit ans et plus? Pouquoi les gens sont-ils donc si certains que si je n’ai pas d’enfant maintenant, je le regretterai pour le restant de mes jours? Qu’est-ce qui leur donne le droit de parler en mon nom — et, si on y pense, cette attitude est-elle donc si naturelle aux êtres humains, ou n’ai-je simplement pas de chance? Avons-nous tous cette tendance, quel que soit le sujet, quelles que soient les opinions?
Ces gens en question semblent oublier que j’ai 26 ans, pas 16, avec une carrière et un compagnon depuis plus de cinq ans — pas une petite fille ignorante des “choses de la vie” et qui n’a aucune idée de ce qui l’attend. A la réflexion, je n’ai jamais exprimé le moindre désir de metre un enfant au monde. Je n’ai même jamais joué comme la plupart des petites filles. Lorsque mes parents m’ont offert une poupée et un landau pour Noël, j’ai jeté la poupée et joué pendant des heures avec les roues du landau. Lors que “le père Noêl” est venu à l’école, je suis rentrée en pleurant parce qu’il avait refusé de me laisser avoir une petite voiture comme les garçons, et que je me retrouvais coincée avec des perles en plastique rose. L’aspirateur en plastique? Transformé en vaisseau spatial. Les poupées Barbie? Elles sont devenues Lara Croft avant même que Lara Croft existe. Quiconque désire proclamer que “toutes les petites filles rêvent déjà d’être mères” ferait bien de me jeter hors du sac très rapidement.
Non, ils ne me connaissent pas mieux que je me connais moi-même. Ils ne savent pas quel genre d’expériences j’ai déjà pu faire, tout ismplement parce que je n’en parle pas. Qui donc possède le droit de me dire ce que je dois faire de mon corps? Qui sont-ils, pour me traiter de stupide, d’ignorante, d’immature, d’irresponsable, juste parce que mes buts dans la vie n’incluent pas d’avoir des enfants? Ma décision fait-elle de moi moins qu’une personne, moins qu’une femme? Et si je ne pouvais pas physiquement avoir d’enfants, aurais-je toujours droit à ce ton condescendant — ou peut-être à sa version pleine de pitié?
Je crois que ce qui m’irrite le plus dans tout cela, c’est qu’un certain nombre de personnes ne sont pas particulièrement choquées à l’idée d’une jeune fille de tout juste dix-huit and mettant au monde un enfant, mais si une femme adulte décide qu’elle ne veut pas d’enfants après avoir mûrement pesé le pour et le contre, soudainement elle apparaît comme la brebis galeuse, l’idiote, l’anormale, de par cette prise de décision qui demande sans doute autant de réflexion (enfin… en théorie). Rappelons-nous qu’en allant contre la société, on ne choisit certainement pas la route la plus facile. Je me demande si les hommes se font traiter de la même manière, ou si les choses sont un peu moins difficiles pour eux?
Je devrais sans doute également mentionner le problème sous un angle plus large ici: on ne peut pas vraiment savoir ce que désirent les autres, ce dont ils ont besoin, alors pourquoi forçons-nous nos propres vues sur eux? Je dis bien “nous”, car je suis à peu près certaine que tout le monde, un jour ou l’autre, a dû agir de la sorte (certaines personnes n’arrêtent jamais, c’est tout). Nous sentons-nous donc tellement supérieurs, que nous nous permettions de considérer l’autre comme un enfant et de le traiter de façon condescendante? Bien entendu, il ne s’agit pas là de donner son avis, de partager son expérience, ou même d’enseigner. Ce que je cible, c’est ceux qui s’autorisent à vous dire ce que vous devez faire, sans même nécessairement pouvoir justifier d’une expérience personnelle en la matière, parce qu’ils pensent que leurs opinions ont plus de valeur que les vôtres propres. Il n’y a pas un humain qui soit complètement semblable à un autre; ce qui marche pour l’un n’est pas forcément valable pour l’autre.
Toutefois, cette même opinion est également à double tranchant: après tout, je ne sais pas quelles sont les expériences vécues par d’autres personnes, et j’ai tout aussi peu le droit de leur dire comment se comporter. C’est pour cela qu’écrire cette entrée se révèle être difficile. Je me sens irritée et en colère, mais en m’en plaignant, je puis très facilement tomber dans le piège d’ordonner aux gens quoi me dire (ou, en l’occurrence, ne pas me dire). Je considère qu’ils sont intolérants vis-à-vis de mes opinions, mais en disant cela, ne suis-je pas quelque peu intolérante moi-même?
Je suppose que nous voulons souvent partager nos expériences, confronter nos idées, et ceci est un désir parfaitement légitime. Le danger est de tomber dans la condescendance, d’assumer que nous en savons plus et mieux et qu’il faut le faire rentrer dans la tête des autres, qu’ils le veuillent ou non. Y aura-t-il jamais une fin à tout cela? Je l’ignore. Il est probablement dans la nature de chacun de se comporter de la sorte parfois. Là où cela devient agaçant, c’est lorsque cela devient systématique. Et si je ne veux pas d’enfants? Pourquoi se soucier des possibles regrets que je pourrais avoir dans quinze ans? Personnellement, je me soucierais plutôt de quelle horible mère je fairais si je devais en avoit juste “de crainte de le regretter plus tard”.
A la fin, peut-être la meilleure solution est-elle simplement d’accepter et de tolérer que tout le monde n’a pas les mêmes perceptions que nous. Ce qui en soi est très difficile, car cela nécessite de tolérer l’intolérance aussi bien que le reste…















August 27th, 2005 05:31
Moi je pense effectivement que les gens qui ont eu ce jugement sont tout simplement a cote de la plaque. Si j’observe notre generation (qui il faut quand meme le rappeller et l’admettre est une generation d’adolescents tardifs (parfois jusqu’a la 30aine)), je constate que beaucoup de gens ne desirent pas d’enfants meme passe 30 ans.
Pour ma part, le probleme est egalement complique mais prenant en compte la situation economique francaise actuelle, l’allongement de la duree des etudes, plus des problemes personnels (mon emetophobie), cela explique le fait que je n’envisage pas d’avoir d’enfant pour le moment.
Quels individus assez intelligents voudraient mettre un enfant au monde sans la certitude de lui assurer un lendemain heureux et sans difficulte? Je ne parle pas de monde parfait, mais sans emploi fixe, sans partenaire fixe (pour certains l’instabilite sentimentale entre en compte), difficile d’envisager de faire des enfants juste pour le plaisir parce que c’est mignon.
Nous sommes une generation qui a le choix. Il faut que les plus vieux l’acceptent car tu n’es pas seule Yza a avoir fait ce choix et a l’assumer. Je pense que c’est un aspect qui touche une bonne partie des jeunes de notre age.
August 27th, 2005 09:36
Alors là, pour ce qui est de la génération d’adolescents tardifs, je ne vais pas te contredire, pour sûr.
Le pire, c’est que ce sont souvent aussi les jeunes en question qui n’acceptent pas de tels choix, et cherchent à donner des leçons (à vrai dire, quand je vois mes propres aprents, eux sont plutôt d’accord avec moi). C’est assez surprenant.. ou peut-être pas, étant donné que eux ne voient sans doute que l’aspect mignon du bébé avant toutes choses.
August 28th, 2005 17:12
Pour ce qui est des ados tardifs, je suis également d’accord.
Pour ma part, j’ai jamais compris non plus ce désir d’avoir des enfants à tout prix. Un peu comme si c’était impératif pour une femme d’être mère, comme si c’était inscrit dans ses gènes… Il faut dire que j’étais aussi comme toi, Yza, quand j’étais petite : j’ai jamais joué à la poupée et d’autres jeux féminins. Même actuellement, je ne suis pas pressée d’avoir des enfants, ni même de me caser comme je suis encore célibataire. C’est un choix comme un autre.
Je constate aussi que pas mal de gens ne respectent pas les choix des autres. Pire, il y en a qui prétendent être heureux ou avoir réussi leur vie et se posent en exemple devant toi, te font savoir avec condescendance que tu es en train de “rater ta vie”. Comme si être célibataire ou sans enfants (ou les deux) étaient aujourd’hui la perdition suprême… Tant mieux pour eux s’ils sont heureux, mais la définition du bonheur n’est pas la même pour tout le monde et beaucoup de gens l’oublient malheureusement…